-Tu t’es bien amusé ? Fit-elle en souriant. Il semble que oui, poursuivit-elle en inspectant ses vêtements.
-Et toi ? Tes bières étaient-elles à ton goût ?
-Meilleure que de l’eau… Répondit-elle simplement.
Pourtant Durzo remarqua peu de chopes vides à ses côtés… Il trouva cela surprenant puisque le tavernier n’aimait guère le ménage.
Aystrae avait le teint pale, les yeux vides de toutes expressions. Elle ne semblait ni heureuse de retrouver Durzo, ni inquiète de ce qui avait put se produire durant ces quelques heures où elle avait été seule.
Elle donnait de petit coup de pieds répétés sur son bouclier et regardait son marteau d’un air déconfit.
Durzo remarqua alors une sculpture qu’il n’avait jamais vue sur le marteau : une jeune femme enchainée.
Aystrae la fixait, le regard vide.
La jeune femme enchainée était sculpté directement dans le manche, merveilleusement ouvragé, son support était pourtant brut, portant encore les marques du burin.
-Y se passe quoi avec ton marteau ? fit brusquement Durzo.
-Rien ! Rien… s’empressa de répondre Aystrae. Non, vraiment… Il n’y a rien…non ?...
Durzo l’observa perplexe. Aystrae se secoua et se releva promptement.
-On y va ! Déclara-t-elle.
-Qu’est-ce-que tu as vu ?! Cracha Durzo en l’empoignant.
Aystrae tremblait.
-Ma mort…Murmura-t-elle.
Il y eut un silence pesant. Le bourdonnement incessant des conversations sembla soudainement inexistant. Le tintement des chopes s’éteignit dans leur esprit.
Aystrae se défit de l’emprise de Durzo, agrippa son équipement et pressa le pas vers la porte.
-On y va… murmura-t-elle encore.
Durzo resta de marbre et suivit Aystrae.
A peine sortie de la ville, elle se mit à courir de toutes ses forces. La sueur perlait sur son front, ses cheveux d’argent s’emmêlaient dans le vent.
-NE FUIS PAS DEVANT LA MORT… ! hurla Durzo.
-Je ne fuis pas…
-Mais ne va pas au devant d’elle… fit-il, la rattrapant.
Elle stoppa sa course et se retourna vivement.
-Je ne vais pas au devant d’elle, je suis ma route. La mort est inéluctable et, tu le sais, notre destin est commun et tracé. Je vais à Nosgoth… Et une fois là-bas, tu seras libre de choisir ton chemin.
-Qu’as-tu-vu ?
-J’ai vu ce que je ne veux pas voir arriver… Dit-elle d’un ton sans appel.
Après quelques heures de marche dans le silence, ils arrivèrent aux abords des contrées nord de De’Enden …
Le paysage changea du tout au tout, les forêts denses devinrent arbres morts. Le sol fertile devint sec, parcouru de fissures. De longues trainées noirâtres fendaient le sol de toutes parts.
-Tir Queimar… Les terres brulées. Murmura Aystrae.
-Alors voilà Tir Queimar… fit-il dans un sifflement. Quel ravage ! Comme quoi les livres ne mentent pas toujours…
-Parce que tu sais lire, toi ? Se moqua Aystrae.
-Hin, hin, très spirituel, ricana Durzo.
Aystrae se sentait mal. Elle ne pensait plus à sa vision car celle qui s’offrait devant elle était bien plus dévastatrice à ses yeux.
Son regard était grave, sa moquerie ne servait qu’à l’aider à se contrôler.
Elle posa sa main sur le sol et celle-ci se teinta de noir. Elle l’enleva prestement et sa main reprit sa couleur d’origine.
-Les maléfices ont fait des dommages irréparables ici… fit-elle tristement. Avant, Tir Queimar était aussi belle que le reste de De’Enden… Elle recelait d’une magie douce et bénéfique…
-Oui, on sait, les vilains mages et inquisiteurs ont tout bousillés et cette parcelle n’eut plus le mérite de faire partie de De’Enden… blablabla. Pesta Durzo.
-NE TE MOQUE PAS ! Hurla Aystrae qui ne parvenait plus à retenir sa rage. CETTE TERRE NE MERITAIT PAS TEL SORT !
-Oh ! oh ! Quoi ?! Tu te la joues elfiques ? Protégeons la terre et les petits oiseaux ?
-Non ! Mais De’Enden est une terre sacrée ! Mais toi, bien sur, tu es incapable de comprendre ça ! Après tout, les inquisiteurs viennent de chez toi ! Explosa-t-elle d’un ton rageur.
-Surveille tes paroles… Murmura Durzo en préparant un sort mortel.
« Oh ! Oui ! Tue-la ! » Murmura joyeusement le démon dans la tête de Durzo
-Oh ! Toi… Commença Durzo.
-…Ta gueule, joue avec l’autre… murmura Aystrae.
Durzo la regarda stupéfait.
« Quoi, quoi ?! Tes pensées me sont réservées, me semble-t-il » Râla la voix.
Durzo s’efforça de le faire taire.
-Comment as-tu su ce que j’allais dire...?
-Ca commence… Il faut continuer sinon…
-Quoi encore ?!
-Tu vas mourir… Tu ne le sens pas ? Bien sur que si tu dois le sentir… Ca ne cesse de grandir.
-Mais qu’est-ce-qui te prends ?! Qu’est-ce-que tu racontes ?!
« Elle a raison, elle a raison » Railla la voix « Allez, je suis gentil, je te montre »
Durzo ressentit soudainement une vive douleur dans le bras droit.
Son avant-bras était presque entièrement teinté de noir. Les lacérations s’étendaient plus loin et plus profondément encore.
-C’est la terre… Murmura Aystrae. Les terres maudites.
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